Si les chansons de J-pop et les génériques d'anime touchent autant, c'est en grande partie grâce à une poignée d'enchaînements d'accords que les compositeurs japonais utilisent depuis des décennies. Une fois que vous savez les reconnaître, vous pouvez écrire un refrain dans l'esprit anime ou relever une reprise bien plus vite, en testant chaque idée à l'oreille dans Flat. Ce guide présente cinq progressions qui font ce son, avec de vrais morceaux à écouter et à reconstruire.

Ce qui rend l'harmonie de la J-pop et de l'anime si particulière
La J-pop emprunte beaucoup à la pop occidentale, mais elle a sa propre signature harmonique. Le trait le plus marquant, c'est son goût pour les progressions qui évitent de se poser sur l'accord de tonique : la chanson donne l'impression d'avancer sans jamais s'arrêter.
On y entend aussi davantage de couleurs jazz que dans la plupart des tubes occidentaux : septièmes majeures, septièmes mineures et dominantes d'emprunt qui font un bref détour par une autre tonalité. Ajoutez à cela des modulations fréquentes, et vous avez la recette de décennies de génériques d'anime et de succès du hit-parade japonais.
Le schéma le plus reconnaissable est la progression dite « royal road ». Cette vidéo est une bonne façon de s'habituer à son son avant d'entrer dans le détail.
Cinq progressions d'accords qui définissent la J-pop et l'anime
Tous les exemples sont en do majeur pour pouvoir les comparer facilement, avec les accords en notation anglo-saxonne (C = do, E = mi, F = fa, G = sol, A = la). Vous pourrez ensuite les transposer dans la tonalité qui convient à votre voix ou à votre instrument.
1. IV–V–iii–vi, la progression « royal road » (王道進行)
En do majeur, cela donne F, G, Em, Am, souvent joué avec des septièmes : FM7, G7, Em7, Am. Elle est si répandue au Japon qu'on la surnomme « la progression de l'anime ». Une étude publiée en 2023 dans la revue à comité de lecture Music Theory Spectrum l'a retrouvée dans une grande partie des titres les plus vendus au Japon sur plusieurs décennies. Elle part de la sous-dominante et s'arrête sur le vi mineur au lieu de revenir à la tonique, d'où ce sentiment doux-amer, comme en suspens. On l'entend par exemple porter « Yoru ni Kakeru » de YOASOBI.
2. vi–IV–V–I, la progression Komuro (小室進行)
En do majeur : Am, F, G, C. Elle doit son nom à Tetsuya Komuro, le producteur à l'origine d'une vague de tubes J-pop dans les années 1990. En partant du vi mineur pour monter jusqu'à la tonique majeure, elle crée une tension qui monte, idéale pour les grands refrains.
3. IVmaj7–III7–vi7, la progression « Just the Two of Us » (丸サ進行)
En do majeur : Fmaj7, E7, Am7. Tout repose sur le E7 : c'est une dominante d'emprunt qui mène vers Am, autrement dit une dominante secondaire. La phrase glisse ainsi en douceur vers le vi mineur, avec une couleur jazzy et un peu mélancolique. Cette boucle est omniprésente dans la J-pop actuelle et la musique Vocaloid, où on la surnomme d'après « Marunouchi Sadistic » de Sheena Ringo.
4. I–V–vi–IV, la boucle « axis »
En do majeur : C, G, Am, F. C'est la grille pop à quatre accords la plus répandue au monde, et on la retrouve sans cesse dans les génériques d'anime et les refrains de J-rock. Trois accords lumineux font contrepoids au vi mineur, et la boucle peut tourner indéfiniment sans jamais sonner comme une fin.
5. La modulation du dernier refrain
La pop japonaise adore faire monter toute la chanson d'un ton au dernier refrain, un procédé que les anglophones appellent « truck driver's modulation ». Cela donne un regain d'énergie pile au moment du climax, ce qui colle parfaitement à la dramaturgie d'un générique de fin. Voici une courte explication en vidéo.
Écrivez votre propre progression J-pop dans Flat
Pas besoin de savoir lire la musique pour essayer. Voici un exercice de cinq minutes, directement dans votre navigateur.
Ouvrez une nouvelle partition dans Flat et ajoutez un piano ou un clavier. En do majeur, écrivez la progression « royal road » sur quatre mesures : F, G, Em, Am. Vous pouvez superposer les notes avec le mode accord, ou écrire le nom des accords au-dessus de la portée avec la notation d'accords. Lancez la lecture audio pour l'écouter, puis ajoutez des septièmes (FM7, G7, Em7) pour entendre cette couleur plus jazzy typique de la J-pop.
Quand la boucle vous plaît, copiez-la dans une deuxième partie et transposez-la d'un ton vers le haut : vous obtenez tout de suite l'effet du dernier refrain.
Trouvez des partitions de J-pop et d'anime dans la communauté Flat
Si vous préférez partir d'un vrai morceau, la communauté Flat propose une grande bibliothèque de partitions publiques à ouvrir et à étudier. Parcourez les partitions les plus populaires, choisissez un arrangement de J-pop ou d'anime qui vous plaît et regardez de près comment les accords sont construits et répartis. Observer comment d'autres musiciens utilisent ces progressions est l'un des meilleurs moyens de comprendre leur fonctionnement, pour ensuite en reprendre l'idée, et non les notes, dans vos propres partitions.
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FAQ
Qu'est-ce que la progression royal road ?
La progression royal road est IV-V-iii-vi (F-G-Em-Am en do majeur), appelée ōdō shinkō au Japon. Elle part de la sous-dominante et s'arrête sur le vi mineur au lieu de la tonique, ce qui crée le sentiment doux-amer et en suspens typique de la J-pop et de la musique d'anime.
Quelle est la progression d'accords la plus courante dans l'anime ?
La progression royal road, IV-V-iii-vi, est si fréquente dans les génériques d'anime qu'on la surnomme souvent la progression de l'anime. Sa variante plus simple, IV-V-vi, est aussi très répandue.
Qu'est-ce que la progression Komuro ?
La progression Komuro est vi-IV-V-I (Am-F-G-C en do majeur), du nom du producteur Tetsuya Komuro, à l'origine de nombreux tubes J-pop des années 1990. En partant du vi mineur pour monter vers la tonique majeure, elle crée une tension qui monte.
Pourquoi la J-pop sonne-t-elle différemment de la pop occidentale ?
La J-pop s'appuie sur des progressions comme la royal road, qui évitent de se poser sur l'accord de tonique, et utilise davantage de couleurs jazz, comme les septièmes majeures et les dominantes d'emprunt. Les modulations fréquentes renforcent encore cet effet.
Faut-il savoir lire la musique pour écrire des accords de J-pop ?
Non. Dans un outil comme Flat, vous pouvez taper le nom des accords au-dessus de la portée ou placer les notes d'un clic, puis lancer la lecture pour entendre la progression. Vous pouvez donc travailler entièrement à l'oreille.